Share on Pinterest
17/03/16

REPONSE DE STOA A LA MARSEILLAISE


Chère Marseillaise.

La 15 mars 2016, vous engagiez une vive polémique concernant les aménagements de la place d’Aix. Trois reproches s’en dégageaient :

  1.  La place est revêtue de pierres et d’enrobés bitumineux – plus communément appelés asphalte ;
  2. Il y a deux marches entre pierre et asphalte, l’une en saillie, à l’ouest, et l’autre en creux, à l’est.
  3. La place est en pente ;
    Plaidons coupable, puisqu’il le faut.
  4. Que les sols soient en asphalte et en pierre – comme dans la plupart des espaces publics de la plupart des villes de la plupart des pays développés – voilà bien qui déroge à l’exception marseillaise, qui exigerait, on doit le supposer, qu’ils fussent en terre, en velours, ou quoi que ce soit d’autre.
  5. Qu’il y ait deux marches – comme l’homme en faisait déjà à Çatal Höyük il y a 9 000 ans, c’est dire l’archaïsme du procédé – voilà bien qui déroge à la modernité absolue de notre ville. Certainement, elle méritait des procédés plus modernes pour gérer les dénivelés : des rampes en zigzag, des escalators, des ruptures du continuum spatio-temporel.
  6. Que la place soit en pente – comme souvent dans les sites montueux qui entourent la Méditerranée – est encore plus regrettable. C’est à Protis qu’il faudrait se plaindre, qui choisit il y a 2600 ans de s’installer dans une anse abritée par des collines ; alors que la Crau lui tendait les bras à quelques encablures, un peu venteuse, un peu mouillée, certes, mais aussi parfaitement plate qu’on était en droit de l’espérer. Après que Protis avait sévi, eussions-nous dû aplanir le terrain de la porte d’Aix ? À l’altitude du Vieux-Port, en contrebas ? Ou à celle de la Place Marceau, en surplomb ? À la manière dont la rue impériale a été percée en 1864, éventrant les buttes du Panier et des Carmes ? Ou à la façon de la ville basse, rasée en 1943 et arasée en 1948 ? Et qu’en aurait dit La Marseillaise ?
    Aussi la place d’Aix reste en pente, ni plus ni moins qu’elle l’était déjà.

Vous craignez qu’une si forte pente favorise les chutes, souvent bégnines, parfois graves, hélas. Nous voudrions pouvoir vous rassurer absolument à ce propos. Ce n’est malheureusement pas possible. De tous temps, des gens distraits se sont estramassés dans toutes les rues de Marseille ; nous ne pouvons pas l’exclure sur la place d’Aix. Mais l’expérience montre qu’on chute plus souvent sur terrains plats, tête en l’air, que sur de fortes pentes, qui avivent notre attention.

Par ailleurs, chère Marseillaise, vous affirmez que « Le cabinet d’architectes Stoa, chargé du projet, n’a pas donné suite à notre demande d’entretien ». Ce n’est pas tout-à-fait exact. Vous nous avez appelés à un moment où personne n’était disponible. Nous nous sommes engagés à vous rappeler dans l’heure. Nous l’avons fait, en vain. Devrions nous dire, alors, que « La Marseillaise, chargée de l’article, n’a pas souhaité nous entendre » ?

En vous remerciant de porter haut la tradition de la vaine engatse, nous vous prions d’agréer, chère Marseillaise, nos meilleures salutations.